These gays, they're trying murder me. Pride à Mérida
- marielenfer
- Jun 29
- 3 min read

Mérida, Mexique, 6 juin. C'est la pride.
Rien ne laissait présager une journée aussi décousue d'un bout à l'autre. Vers midi, j'étais allée au Mercado Lucas de Gálvez, un marché public typiquement mexicain, faire des emplettes, mais surtout refaire le plein en fruits frais et en chips de maïs artisanales, celles qui vont rendre les chips de maïs du commerce fades et inintéressantes à tout jamais. Je suis revenue trempée et épuisée d’avoir attendu mon taxi sous ce soleil impitoyable et cette chaleur suffocante, digne d’un four à broil. J'avais déjà mentalement planifié le reste de ma journée : baignade et sieste à l'ombre.
C'est à ce moment que je reçois un texte de Brian, qui m'invite à faire partie du défilé de la fierté sur un des gros city bus qu'un ami avait loué pour la pride.
Bien que mon corps réclamait la détente à l’ombre, ma petite voix intérieure me chuchotait follow the gays, avec une voix calme remplie de certitude. Comme si j'allais inévitablement tomber sur le pot d'or au bout de l'arc-en-ciel.
Le départ a lieu au Monument à la Patria, sur Paseo de Montejo, où une quantité innombrable de drapeaux arc-en-ciel flottent dans l'air immobile. Malgré la chaleur à faire frire un œuf sur le trottoir, les drag queens circulent dans leurs meilleurs accoutrements, perruques et full make-up. Je me dis intérieurement qu'elles méritent toutes une médaille pour leur dévouement et l'énergie déployée. Je sue à pleines gouttes, mais elles tiennent et ne fondent pas encore. Respect.
Me retrouver à festoyer sur un des chars dans le défilé de la fierté à Mérida, au Mexique, fait partie des expériences de vie cocasses et ludiques dont je vais me souvenir longtemps en souriant. Un éclat de pétales de roses sorti de la perruque de Sasha Velour pour me rappeler qu'il restait encore un peu de magie ici, alors que je pensais l'avoir déjà toute absorbée.

Une des premières choses que je remarque, puisque je ne peux m’empêcher de comparer avec Montréal, c'est qu'il n'y a pas un logo de banque, de compagnie d'assurance ou de compagnie de téléphone venu capitaliser sur l'amour le temps d'un défilé. Pas de commanditaires, pas de budget, pas de fonds publics investis. Seulement de la joie, des sourires, une célébration de la diversité, de la couleur et de l’été, portée par la simple expression d’exister, ici, tous ensemble. Un événement qui semble, au fond, plus rassembleur et étrangement plus authentique.
Sur le toit de cet autobus touristique, nous sommes tellement nombreux que la réglementation canadienne aurait escorté les deux tiers des gens présents pour des raisons de sécurité. Mais au Mexique, personne ne te prend par la main pour assurer ta propre sécurité. Les quelques autobus et chars remplis de gays et de drag Queens amorcent leur route sur le Paseo de Montejo en direction du Centro Histórico.
Comment expliquer que le mot sécurité prend un tout autre sens quand le bus tourne un coin en frôlant les lampadaires et qu'à chaque cent pieds un cri strident, le mien, entre autres, se fait entendre, alors qu'on s'accroche la tête dans les fils électriques qui traversent la rue d'un bord à l'autre? La voix de la raison me demande : sommes-nous en sécurité ? Mais elle parle toute seule, cette voix, parce que la fête continue sur We Found Love de Rihanna, comme si de rien n'était. Vite! Une shooter de tequila, por favor pour faire passer l’émotion.
À un moment, je regarde autour de moi. Les drag queens dansent en secouant leur éventail. Brian crie quelque chose que je n’entends pas. Le bus accroche un lampadaire au virage et on crie tous comme dans un manège, la tête dans les fils électriques, tout le monde se penche pour les éviter dans la rigolade la plus absolue. Personne ne s'indigne. Personne ne descend du bus.
Et c'est là que je me dis... : If these gays are trying to murder me… so be it parce que la voix de la raison ne m'a jamais offert une bonne histoire.
Les gays eux, m'ont toujours menée au pot d'or.





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