J'ai changé le décor, la colo et la météo
- marielenfer
- May 19
- 4 min read
Updated: May 20

23 mars 2026
J'ai attendu mon taxi pour l'aéroport les deux pieds dans la neige en soufflant sur mes mains pour les réchauffer. Embarquement pour Mexico City, Aeromexico vol 0681 à 11h11.

J'ai atterri en après-midi après un vol sans trop de turbulences, ou, comble de bonheur, j'ai pu m'étendre de tout mon long sur la rangée de sièges vides qui me faisait presque oublier le mec lourd à la voix nasillarde qui parlait plein volume d'entités durant des exorcismes et de dimensions parallèles pendant tout le trajet avec son ami juste derrière moi. Son ami, contre toute attente, n'était pas imaginaire.
Cinq heures plus tard, j'avais changé de décor.
Les derniers jours avant mon départ s'étaient bousculés : infection dentaire douloureuse suivie d'une apicectomie en urgence quatre jours avant le décollage. Ark ! J'ai dû faire le triste constat en arrivant, le visage encore enflé, orné d'un magnifique bleu tirant au vert jaune, que tous les restos où je souhaitais vraiment aller étaient archi complets et que j'aurais dû m'y prendre un peu plus tôt pour réserver. Oups.
Malgré la fatigue, l'épuisement du vol et la nuit blanche précédant mon départ, je me suis secouée, rafraîchi la mine, et hop, direction Contramar, un des restos les plus prisés de la ville, sans réservation. Je suis de celles qui combattent le jetlag à coups de let's go. Un des doux plaisirs de voyager seule, c'est qu'il y a toujours une place libre au bar des restos populaires, je comptais fortement sur ce précepte universel enseigné par Anthony Bourdain.
Pendant que la file s'étirait dehors avec jusqu'à deux heures d'attente, je me suis faufilée comme une anguille au paradis del pescado. « Un margarita, por favor ! » Pour célébrer la victoire. Le Contramar, c'est un peu le Milos de Mexico City. Une foule élégante et éclectique composée de familles, de couples et d'une table de cool boys au style K-pop, suffisamment attrayants pour éveiller l'appétit, assis juste derrière moi. J'ai pris ma place au bar, côte à côte avec Farhana, une Londonienne d'origine indienne qui voyageait seule comme moi et qui était on ne peut plus enthousiaste à l'idée de parler des plats qu'elle avait commandés. Les filles qui voyagent seules sont toujours vraiment cool.
Arrivées une heure plus tôt, nous aurions sans doute partagé le poisson-signature, le pescado a la talla, un vivaneau ouvert en portefeuille, moitié sauce verte au persil, moitié sauce rouge adobo. Parfait pour les indécis. Elle m'a fait quelques recommandations sur Mexico City, suggéré un food tour, réglé sa facture et m'a laissé son numéro. Nous étions toutes deux déçues de nous rencontrer alors qu'elle partait pour Oaxaca le lendemain. Les vraies foodies se reconnaissent et aiment partager des plats, tous les plats. Partie remise.
Le serveur est arrivé pour prendre ma commande et m'a proposé de m'accommoder avec des portions solo. Pouvoir déguster plusieurs petits plats diversifiés plutôt qu'une série de trois mêmes tacos, c'est vraiment appréciable, cette douce attention m'a fait me sentir tout de suite chez moi. J'ai englouti un ceviche, une tostada de pétoncle, le classique tostada de atun qui, quoique délicieux, n'a rien de particulièrement plus spécial que toutes les tostadas de thon qu'on trouve partout dans les restos de la ville.
Quelques minutes plus tard est arrivé Alejandro, sympathique et plutôt sexy Mexicain expatrié en Allemagne, en visite avec sa maman. Alejandro m'a partagé quelques-uns de ses plats et nous avons discuté comme si on se connaissait depuis toujours pendant que j'enfilais ma deuxième margarita et un délicieux taco de pieuvre al pastor.

En quittant le lieu et en marchant vers mon Airbnb situé dans la Condesa, portée par la beauté du quartier, la végétation luxuriante, ses jacarandas en fleur et l'élégance de l'architecture art déco, j'ai dû me rendre à l'évidence : l'altitude de Mexico City (2 240 m) exacerbe sérieusement les effets de l'alcool. J'étais ivre avec seulement deux cocktails.
Malgré un mal de crâne lancinant du calibre de la fois où j'avais enchaîné trop de shooters de tequila cheap sur le bateau Louis-Jolliet un jeudi à Québec à 18 ans, et que mon ami André avait dû me sortir du bateau dans ses bras telle une sirène échouée, je suis rentrée à pied, satisfaite de ma soirée, traversée par un sentiment d'ivresse et de plénitude, remplie par ces rencontres fortuites qui me confirment que voyager seule est probablement une des plus belles libertés qu'on puisse s'offrir.
J'aurais aimé avoir plus à dire sur la bouffe du Contramar, ses ingrédients, son menu, et avoir plein de photos appétissantes à partager, mais parfois il faut vivre et le repas passe au deuxième plan. Ranger son téléphone, lever les yeux, engager avec la personne à côté de soi, se défaire du besoin de montrer qu'on y était sans jamais vraiment y être, c'est ce qui s'est passé, et c'est sans doute ce qu'on devrait se forcer de faire plus souvent. Une date avec soi-même, cellulaire rangé.
Ce soir-là, je me suis tranquillement reconnectée avec qui je suis, quelqu'un avec qui les gens au bar ont envie de parler, à qui les bébés sourient et les chats de ruelle se frottent dans la rue.
Sans compromis et sans chichi à Mexico City.





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