Un tour organisé, moi ?
- marielenfer
- Jun 18
- 6 min read

J'ai toujours détesté l'idée de faire un tour organisé. Jusqu'à ce que je découvre Eat Like a Local, un food tour qui se définit comme un tour pour les gens qui détestent les tours organisés. Say no more ! C’est un peu comme si ton ami mexicain le plus cool t'amenait découvrir le vrai visage du Mexique qu’il connaît comme le fond de sa poche.
La compagnie est le projet de Rocío Vásquez Landeta, originaire de la ville de Mexico, qui a grandi dans les cuisines de sa mère chef, créé un des premiers blogues culinaires du Mexique à 25 ans, puis passé des années comme directrice dans une agence de pub. En 2015, lors d'un premier grand voyage, elle se retrouve saoule avec des itinérants à Istanbul à manger des sandwichs au poisson, des moules et boire de la bière devant la mosquée bleue. Elle rentre à Mexico avec une seule idée en tête : recréer cette expérience ludique et authentique qu’aucun tour organisé traditionnel ne lui aurait offert. Elle quitte son emploi et lance Eat Like a Local.
Ce qui a commencé comme une affaire de bouffe est tranquillement devenu quelque chose de plus grand. Après une relation abusive qui lui a appris, de façon brutale, que l'indépendance financière est primordiale, Rocío fait le choix de n'engager que des femmes et de leur offrir les meilleurs salaires de l'industrie. Le programme 80IQ, financé en partie par chaque tour, accompagne de jeunes filles en leur fournissant les outils nécessaires pour bâtir leur avenir : cours d’anglais, formations culinaires, éducation féministe et sexuelle, éducation financière et mentorat. Wendy, une des premières participantes, a visité 14 pays en Europe à 14 ans. Elle finit maintenant un bac en psychologie.
C’est le genre de tour qui nourrit autant la curiosité que la gourmandise tout en soutenant une vraie bonne cause.
La compagnie propose plusieurs circuits adaptés à différentes clientèles. J'ai opté pour « Street food at night for the hardcore foodies » à 120 USD. Brute, authentique et profondément locale. Ça me parle ; un safari gastronomique nocturne dans le vrai Mexico populaire, pensé pour les voyageurs aventureux plutôt que pour les touristes en quête de confort et d'étoiles Michelin.
Ce jour-là, je me prépare comme une pro avec un sando japonais ultra moelleux aux œufs au RAKU Café pour le lunch, en guise de base neutre et solide avant d'entraîner mon estomac en territoire aussi imprévisible qu'inexploré. Nous avions été prévenus d'arriver affamés et d'éviter le gaspillage alimentaire, donc c'est le seul repas que j'enfile avant l’aventure gourmande.
J’ai marché dans le quartier paisible de San Miguel Chapultepec pour me rendre au point de rencontre de Condesa à 17 heures. La balade dans le quartier était magnifique et le jeu d'ombre et de lumière avec la végétation me rendait heureuse de vivre. La température était parfaite, sans humidité ; un chaud frais qui a sans doute été créé sur mesure pour moi à mon insu pour mon confort et bonheur total. L'expression « le fond d'l'air est frais » pourrait finalement prendre son sens ici.
À mon arrivée, je rencontre ma guide, Plaqueta, une jeune femme rousse au look de rock star qui parle fort et pourrait s’avérer complètement « messy » sous ses airs de Lola Young.

Le tour commence sur le champ par une torta de viande de porc, queso et avocat. Je suis affamée. Elle disparaît bien assez vite. Un bon sandwich.
La composition du groupe est malheureusement un peu beige à mon goût. C’est la loterie des tours organisés : personne ne swipe personne avant et disons seulement que je les aurais tous swipé à gauche. Des couples de Calgary, entre autres. Dois-je en dire plus ?
En route pour le métro pour atteindre la prochaine destination. Je comprends immédiatement ce qu'on voulait dire par « ce tour peut être inconfortable » quand je me prends la porte du métro qui s’ouvre brusquement, heurte mon épaule dans ce transport hyper bondé où il fait trop chaud. Ouch! Je préfère les taxis.
Premier stop - La Especial de Paris
Au Mexique, on est sérieux avec la crème glacée. C'est bien le cas ici dans cet établissement centenaire pittoresque qui fabrique une crème glacée artisanale inspirée du savoir-faire italien, mais encrée dans les saveurs mexicaines. J'opte pour « mamey », un fruit local parce qu’il faut faire un choix, mais le menu regorge de choix originaux comme « Tabac » , « huile d’olive » ainsi qu’une multitude de saveurs de fruits locaux.

Deuxième stop - Pulqueria La Canica
Une pulqueria, c’est un lieu qu'on ne trouve pas dans « les beaux quartiers », comme Condesa ou Roma. C'est une sorte de taverne où l'on boit le pulque, une boisson traditionnelle mexicaine d'apparence laiteuse faite à partir de la chair d'agave fermenté. C'est en quelque sorte l'ancêtre du mezcal et de la tequila. Longtemps associée à la classe ouvrière, elle regagne depuis quinze ans en popularité auprès d'une nouvelle génération en quête d'authenticité. C'est un peu le vin nature du Mexique.
C’est l’heure de l’apéro, l’endroit est bondé et le golden hour fait sa magie avec ses rayons qui plongent sur le bar et ses grosses cruches de pulque éclairant l'endroit comme une scène de cinéma. Nous goûtons au breuvage nature ainsi que dans plusieurs déclinaisons de saveurs comme goyave et fraise qui me donnent un sentiment de pepto bismol. Celui au céleri est intéressant. La consistance laiteuse me laisse par contre un peu perplexe.
Ce breuvage dont Frida Kahlo était friande est aussi associé à un type d'art qui prend place dans les pulquerias ; des murales de la vie quotidienne, un peu grivoises, traitées avec humour et ironie. C’est une forme d'expression que Diego Rivera considérait authentiquement mexicaine et souhaitait voir reconnue au même titre que toute autre forme d’art plus académique.

Troisième stop - tacos
Nous nous arrêtons dans un stand de tacos au coin de deux rues ; Tacos al pastor pour les gens qui aiment rester dans une zone de confort, et tacos de langue de bœuf, de tripes et même un « taco de ojo » (Taco d'oeil de vache) pour les plus aventureux. J'avais une dent contre l'œil, mais, contre toute attente, ça s'est avéré plutôt bon. Encore faut-il être ouvert aux textures gélatineuses.
Quatrième stop - Taqueria El Paisa, San Rafael
Une grande ligne de locaux attend afin de commander à cet endroit de toute évidence très populaire, surtout en soirée. Une montagne de viande confite mijote dans une énorme marmite de gras brûlant et laisse flotter dans l’air une fumée graisseuse aux effluves divins dans cette ambiance chaotique. Un bonheur pour mes yeux, sans doute un avant-goût de l’enfer pour un végétarien. Le taquero y plonge la main afin de servir des tacos au choix ; Suadero, longanizo, campechano, maciza, tripa ou al pastor. Nous avons englouti ici un taco campechano qui consiste en un suadero agrémenté de chorizo, garni d'une quantité de coriandre respectable. J’aurais pu passer la soirée à observer les gens défiler devant ce kiosque bruyant où les tacos défilent à la chaîne, mais nous avons poursuivi notre grande odyssée viandeuse.
Même si mon estomac commençait à lever le drapeau blanc, la curiosité restait pleinement opérationnelle. Les vaches, elles, ont un deuxième estomac. Chanceuses ! Je les envie.

Cinquième stop - Kuxa-Na Quekas San Cosme
Notre avant-dernier spot remet pour moi les compteurs à zéro avec sa proposition originale : une enchilada frite farcie de cervelle de vache, de piment poblano, garni de crema, queso et salsa verde. Corrige ton expression faciale, c'était excellent. Selon moi, le meilleur plat du circuit. Avec cette friture, je dois revoir ma posture et déboutonner mon jeans pour tenir bon avec toute cette nourriture engloutie.
Une dégustation de fruits locaux, de churros et un petit shooter de mezcal plus tard, nous reprenons la route pour notre dernière destination.

Dernier stop – Tamales cintli, Santa Maria
Un tamal se compose d’une garniture de viande ou de légumes enveloppée dans une pâte de maïs, le tout formant un délicieux gâteau salé cuit à la vapeur. Sa texture donne une impression de petit coussin ou oreiller pour l’estomac. Nous goûtons celui au poulet en mode "à partager". Plus personne n’a faim, mais un deuxième tamal apparaît tout de même sur la table.
Et voilà ! J'ai appelé un Uber, presque étourdie et pleine de gras, pour rentrer jusqu'à mon Airbnb satisfaite d’avoir découvert des endroits authentiques où ma simple curiosité ne m’aurait probablement pas portée d’emblée. Comme quoi sortir de sa zone de confort est souvent riche en expériences et permet d’ouvrir le deuxième estomac et le cœur aussi.
Une chose est certaine : je commencerai la journée de demain avec un jus vert. Mais pour l’instant : VITE ! Un Gaviscon.



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